Des jeunes trisomiques à l’îlot Bon Secours

Le 23 octobre 2011
Social

Des locataires ordinaires

« Génétique, c’est le terme savant pour dire pas de chance », affirme l’écrivain Jean-Louis Fournier, lui même papa de deux garçons trisomiques, c’est-à-dire nés avec un chromosome de plus, faisant d’eux au regard de la société des handicapés mentaux. Président de l’association « Down up » et du collectif des « Amis d’Eléonore », du nom de sa fille elle aussi frappée par cette malchance, Emmanuel Laloux, en se battant pour l’évolution des trisomiques dans la vie normale, préfère parler de « déficients intellectuels ». Et, à Arras, ils ont depuis juillet une chance unique en France. Dix appartements ont été conçus pour eux au cœur du programme immobilier réalisé par Pas-de-Calais habitat sur le site de l’ancienne clinique Bon Secours. « On cherchait depuis des années un bailleur social qui accepterait ce projet », dit Martine Guérard, administratrice de Down up. C’est l’esprit du nouvel îlot Bon Secours qui a décidé de cette possibilité. Trente-six des soixante et onze appartements construits sont réservés au maintien à domicile de personnes âgées, le reste est occupé par de jeunes ménages avec enfants, et dix logements ont donc été attribués à de jeunes trisomiques quittant ainsi le domicile des parents pour découvrir une autonomie encadrée dans une communauté humaine d’échanges intergénérationnels. Gilles-Emmanuel, 28 ans, nous fait visiter son petit chez soi, un T2 que lui envieraient bien des jeunes qui démarrent dans la vie, décoration tendance et fonctionnalité inventive. Il parle de sa vie comme tout un chacun. Le bus le matin pour se rendre au CAT d’Actiparc, son bonheur d’être ici. Il vous montre un poster de Liane Foly face à son lit. « Ma petite copine à moi ! ». La dédicace confirme où la chanteuse lui souhaite « une bonne adaptation à l’îlot Bon Secours ». Maintenant, Gilles « se débrouille tout seul ». Mais, comme ses camarades de l’étage réservé, il reçoit régulièrement pour le suivi de son ménage, de ses courses et de sa cuisine la visite « des dames » du service d’aide à la vie sociale. Il fait aussi du sport, lundi, jeudi, samedi, tir à l’arc, piscine, pétanque. Les locataires disposent d’ordinateurs et de i-phones avec des applications particulières de géolocalisation. « Le maître mot, c’est l’autonomie, disait Emmanuel Laloux en accueillant avec Eléonore les invités de l’inauguration, le 8 octobre. Nous avons toujours voulu que nos enfants vivent au milieu des autres ».

 

 


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