Avec le festival Di Dou Da, le public est artiste

Chaque jour est une chanson
On connaît mal Louis Chedid. Jamais on aurait imaginé qu’il puisse à ce point faire swinguer une salle, public debout, avec ses chansons que l’on prenait pour des ritournelles douces et amères. Pour la première de « Faites de la Chanson », le 17 juin au Casino, il nous a fait la fête. Mais de cette édition 2011,
c’est quand même le passage de Melissmell au théâtre qui restera notre coup au cœur. Il y a de la
Colette Magny chez cette rockeuse de poésie, voix de lutte ouvrière en manif, hurlante et emportée, enfant de la crise qui met le romantisme au vide-ordure, pour finir, voix frissonnante, sur une chanson d’amour ! Avec sa dégaine en laine ardéchoise, cœur fidèle, elle libère ses colères, Melissmell, pour redonner aux pauvres le droit à l’égalité qui n’existe pas. Mais la particularité du festival qu’anime l’association Di Dou Da, c’est aussi de permettre aux amateurs de chanter comme des artistes, dans la cour de l’Hôtel de Guînes en début de soirée, ou en première partie des spectacles. Ces anonymes nous interprètent, avec souvent beaucoup de maîtrise, les chansons dans lesquelles ils se reconnaissent, des airs inaperçus ou oubliés. Ils bénéficiaient cette fois d’une véritable mise en scène et en lumière. D’autres Arrageois sont sur le chemin d’une carrière. Flavien Riez et son frère Benjamin « veulent faire chanteur pour remplir leur assiette et refusent les étiquettes ». Avec « Les poissons dansent le tango », Manu Rabita et sa compagnie Akozal ont réinventé à l’Hôtel de Guînes une soirée coquine des années folles, jeunes personnes accortes aux fenêtres, guêpières et porte-jarretelles, service compris ! Parlons encore, catégorie artistes à découvrir, d’Alain Sourigues, le petit marrant qui joue avec les mots à la Devos, et fait rire des malentendus du vocabulaire. Avec ses chansons arlequin en morceaux de vie de toutes les couleurs, il est de la famille des Auguste de cirque. Gaëlle Vignaux gouailleuse et acerbe, est une sorte de Zazie à la Queneau, une petite fille espiègle qui s’émerveille d’être déjà maman. Voix lancinante ou abrupte sur des musiques jazzy ou démantibulées. Cette édition 2011 rendait aussi hommage à deux grands répertoires. On ne reconnaît plus Brassens dans la version vocale et musicale qu’en apportent Loïc Lantoine et ses comparses, Brassens déstructuré comme un costume trop à l’aise, confidentiel et murmuré. Gainsbourg était entre les mains des amateurs de la troupe, parfois du bout des lèvres, mais toujours de plein cœur, et c’est toujours ça de pris, dans une mise en scène graphique d’un autre Arrageois, Lou-Ysar. Non, JJ d’Amore, le public du festival n’est pas vieux ! Il prend le temps de vieillir. Chanter, et si c’était ça la vie ! Chaque année, Di Dou Da nous le dit.
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